Le 4 Décembre: L’économie de partage? parlons-en …

L’Atelier Citoyen de Castries organise une Conférence citoyenne ouverte à tous sur « l’économie du partage aujourd’hui : le meilleur ou le pire ? » avec Dominique Schalchli président de l’Accorderie de Montpellier, André Cano l’un des initiateur du projet et d’une accordeuse.

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L’économie du partage, de quoi parle t-on ? une économie plus sociale, plus solidaire ou la conquête de la sphère privée et bénévole par la marchandisation de l’esprit collectif ?

L’économie du partage aujourd’hui …. Le meilleur ou le pire ? …

Une interview de Dominique Schalchli président de l’association de l’Accorderie de Montpellier.

accorderie5L’aide mutuelle a toujours existé et existera toujours. Bien sûr, les formes évoluent suivant les époques, la force qu’elle revêt est plus ou moins grande, plus ou moins partagée par un nombre important de gens. Parce que nous sommes des êtres sociaux, partagés entre des désirs de compétition et des désirs de coopération, l’un et l’autre de ces deux pôles prend de temps en temps le dessus sur l’autre. Et le moment de mutation que nous vivons aujourd’hui est particulièrement caractéristique de cette ambivalence : l’individualisme du chacun pour soi – et donc le repli compétitif contre ou en tout cas face à l’autre – y est parfois considéré comme inéluctable, voire magnifié ; et simultanément les initiatives d’entraide et de solidarité réciproque – coopérations nouvelles ou renouvelées – fleurissent un peu partout, les livres et les débats se multiplient pour célébrer les communs collaboratifs …

Je veux voir cela comme un verre plutôt à moitié plein qu’à moitié vide, me réjouir des utopies réalistes qui sont ainsi en train de se développer ; mais sans verser dans l’optimisme béat, en regardant en face et en mesurant les dangers de récupération ou d’amalgames qui guettent ces pratiques porteuses d’avenir en même temps que fragiles.

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L’entraide traditionnelle reste une pratique ancrée, on peut même estimer qu’elle est en voie de renouvellement : le développement d’épiceries solidaires, de ressourceries diverses, d’initiatives locales de solidarité de tous ordres est impressionnant. L’impact de la crise – vécue essentiellement par les classes populaires – n’y est pas pour rien : partager et échanger biens et services, depuis le vide-greniers jusqu’à l’habitat partagé ou des « lieux à vivre » pour des personnes en difficulté, c’est souvent se donner des moyens pratiques d’y accéder, que l’on n’aurait pas ou beaucoup moins dans le cadre du marché classique. Et c’est probablement une caractéristique de ce renouveau actuel de l’entraide que d’être autant, si ce n’est plus, motivé par des considérations pratiques que porté par une volonté idéologique … encore que les deux aspects soient forcément toujours un peu présents.

Et pourtant, il manque à l’entraide civile une reconnaissance juridique qui lui donne pleinement droit de cité ; ce qui est le cas pour l’entraide familiale dans le code de l’action sociale et de la famille, pour l’entraide agricole, avec les mécanismes de coopération comme les CUMA, alors que – paradoxalement – l’entraide civile n’a pas ce fondement. Quelle importance, pourront penser certains, elle peut s’en passer sans problème … Les institutions qui se sont regroupées à l’initiative de Voisins et Citoyens en Méditerranée dans la plateforme « fraternité en actes », ont montré par des exemples précis comment les initiatives et actions d’entraide civile pouvaient être impactées concrètement par ce no man’s land juridique : pour le statut des bénévoles « entraideurs », pour leur régime d’assurance, pour les normes sanitaires applicables etc … Il faut bien dire que jusqu’à présent les pouvoirs publics ne semblent pas avoir mesuré combien une reconnaissance claire et un droit à l’expérimentation serait nécessaire en ce domaine aujourd’hui, comment il serait un appui à l’émergence et au développement d’actions d’entraide et de solidarité réciproque.

Il est un domaine – entre autres – dans lequel cette question va devenir cruciale, celui de l’entraide intergénérationnelle. Le nombre croissant de personnes du 4ème âge va en effet exiger de plus en plus d’inventer des formules permettant à nos vieux de ne pas se retrouver de fait exclus de la vie sociale ; des systèmes d’entraide inter-générationnelle doivent donc être développés (il en existe déjà certains, mais à dose encore homéopathique).

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On assiste également, dans la partie la plus solidaire de la nouvelle économie collaborative, à l’avènement de nouvelles formes d’entraide et d’échanges. Elles s’appuient sur deux observations majeures :

  • L’usage de biens ou de services est aussi et même plus important que leur propriété ; donc leur partage est possible, utile, générateur d’économies et en outre bonifie les liens sociaux. L’exemple le plus souvent pris est celui de la perceuse électrique, mais on pourrait en prendre des centaines d’autres …
  • L’internet, par le développement de plateformes numériques notamment, est un formidable outil pour permettre le contact direct entre des personnes et se passer sans complexe d’organisations intermédiaires trop lourdes

Les formules d’entraide traditionnelle, même si elles n’avaient jusqu’ici que peu mis en avant ces deux aspects (mais c’est en train de changer), n’y étaient pas étrangères évidemment.

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Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, avec une « montée en puissance »accorderie4 rapide des formules d’entraide et d’échange, par le renouvellement de celles qui existaient déjà et l’invention de nouveaux systèmes s’appuyant sur le numérique ? Je l’écrivais plus haut, penser cela serait verser dans un optimisme béat. La réalité est évidemment plus complexe et ce nouveau cours peut très bien comporter des initiatives à caractère fort peu solidaire, entrainer de fortes – et parfois légitimes – résistances, amener à des amalgames très dommageables pour ceux qui sont les tenants d’une économie collaborative de la solidarité plus que du profit.

  • Des initiatives à caractère fort peu solidaire ? Nous avons tous en tête l’exemple des remous provoqués par les activités d’Uber ; à tel point que des journalistes parlent de risque « d’ubérisation » de la société … On sait moins sans doute (parce que c’est plus loin) qu’à San Francisco un référendum est aujourd’hui organisé sur les nuisances qu’apporteraient les activités d’airbnb (né dans cette ville) et les moyens d’y remédier. Il est en tout cas clair que ceux qui ont comme objectif premier d’utiliser l’envie de partage et les outils numériques le facilitant au service de fonds d’investissement ne jouent pas dans la même cour que nous !
  • Des amalgames très dommageables ? On constate aujourd’hui que les pouvoirs publics d’une part, le « grand public » de l’autre ont tendance à ne pas faire de distinctions et à tout mettre dans le même panier ; considérant ainsi parfois globalement l’économie collaborative comme celle qui casse les systèmes de régulation et non qui apporte des solutions d’entraide

5 – C’est pourquoi il importe aujourd’hui et rapidement de faire entendre en commun la voix de ceux (et ils sont nombreux) qui partagent avec nous une conception et surtout des pratiques de l’économie collaborative comme possibilité d’entraide et de solidarité réciproque. Pour bien montrer notre spécificité et notre utilité, nous avons besoin d’être connus, reconnus, soutenus.

Montpellier, 8 novembre 2015.

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