Après la projection : Fukushima le couvercle du soleil.

A la suite de la projection du film FUKUSHIMA, le couvercle du soleil, voir article « J’aime et je partage » , Aline nous fait par de son expérience de la projection et du débat qui s’en est suivi avec le journaliste japonais Kolin Kobayashi. Nous vous souhaitons une bonne lecture et l’espace commentaire vous est ouvert.

Le film FUKUSHIMA, le couvercle du Soleil, nous rappelle que l’énergie nucléaire est une menace effroyable, créée par l’homme, mais qui, en cas d’accident, n’est hélas pas dominée par l’homme.Elle est pire que la guerre. Gouvernements et populations des pays nucléarisés vivent dans le déni de ce danger.

Le film n’est pas toujours facile à suivre pour quelqu’un qui ne parle pas japonais. Il faut lire rapidement les sous-titres, il y a de nombreux termes techniques et nous nous retrouvons noyés dans l’effervescence de grandes salles de presse, peuplées exclusivement d’hommes habillés de la même manière,(costume noir, cravate noire et chemise blanche), qui s’agitent et gesticulent en tous sens.Puis, nous identifions peu à peu les principaux protagonistes: un journaliste qui veut savoir la vérité ; son épouse et son enfant qui l’attendent, confinés à la maison;une famille modeste de la zone de Fukushima qui va être déplacée;le fils de cette famille qui va rejoindre ses collègues de la centrale alors que c’était son jour de congé, par sens du devoir.

Ce qui en ressort, ce sont trois aspects caractéristiques de l’industrie nucléaire:

les accidents sont terribles, imprévus et irréversibles ; l’homme, quelles que soient sa culture, ses compétences et sa technique,est impuissant à les gérer ; enfin le nucléaire est marqué par le secret, les mensonges et la désinformation.

On pensait que le Japon n’était pas l’Union Soviétique des années 80: compétence et discipline semblaient rendre l’accident impossible.Pourtant, tsunami et tremblements de terre en ont décidé autrement, même s’il semble que certains problèmes aient commencé avant.

Entre le 11 et le 15 mars 2011, le Japon et le monde ont retenu leur souffle.Il y a eu 3 explosions et la fusion, tant redoutée, des cœurs de trois réacteurs sur six.Le scénario du pire, l’évacuation de Tokyo, a même été envisagée en mai, en cas de nouvelles secousses sismiques.Incendies et tremblements de terre se sont succédé.

Le film insiste sur l’amateurisme de l’entreprise privée TEPCO  : pour résoudre l’épineux problème du refroidissement des réacteurs, TEPCO arrive, après bien des difficultés et du retard, à amener un générateur près de la centrale. Mais on découvre alors que les prises sont incompatibles! Un comble pour une compagnie d’électricité !Il faut donc refroidir le réacteur par ventilation, (avec les risques de dispersion dans l’air des déchets radioactifs) et en plus, il faut le ventiler manuellement ! On voit alors les employés de TEPCO, d’abord les plus âgés, ensuite les jeunes prennent la relève, se diriger vers le réacteur.

On a aussi utilisé de l’eau de mer en urgence pour refroidir les réacteurs, puis ensuite de l’eau douce et de l’acide borique, mieux adaptés.Hélicoptères et camions citernes tentaient de maîtriser la situation, alors que, aussi bien l’Agence de Sûreté nucléaire comme l’entreprise TEPCO, niaient au début cette possibilité d’explosion.L’entreprise ne communiquait pas à l’Etat toutes les données et informations qu’elle avait.Petit à petit, le périmètre d’évacuation a augmenté : d’abord de 3km le 11 mars, puis de 20km, puis de 50km. Le niveau de la catastrophe a été élevée à 7, comme Tchernobyl, le niveau maximum.

Personne ne savait comment la situation allait évoluer ni si d’autres explosions ou d’autres secousses allaient se produire et cette situation a duré au moins jusqu’à l’automne.Les données de calcul de la radioactivité n’étaient pas fiables. Qu’en était-il de la contamination des sols, de l’air? de la santé des enfants ? des employés de TEPCO ? En juillet, on recommandait de ne pas boire l’eau du robinet à Tokyo ni de manger certains aliments.

Au cours du débat qui a suivi avec le journaliste indépendant Kolin Kobayashi, nous avons appris qu’après l’accident de Fukushima, toutes les centrales du Japon ont été fermées pendant presque deux ans. Le Japon a survécu. Mais le nouveau gouvernement a relancé l’idée de remettre ensuite en marche les centrales.Seulement quatre centrales(sur 54 réacteurs) ont été réouvertes en huit ans.

D’après le journaliste Kobayashi, la population sait que le gouvernement et TEPCO ont menti .Les Japonais craignent l’énergie nucléaire et selon des sondages, à 70% ils n’auraient pas voulu que les centrales reprennent du service.La contestation a été forte.L’ex-Premier Ministre, Naoto Kan, qui est très présent dans le film, a démissionné en septembre 2012 et il est devenu depuis un militant anti-nucléaire convaincu.Il a visité la France, pays le plus nucléarisé du monde (58 réacteurs.), pour prêcher l’arrêt du nucléaire.

Actuellement, le gouvernement japonais essaie de vivre dans le déni généralisé. Les Jeux Olympiques de 2020 arrivent à point pour démontrer que tout va bien, que tout est rentré dans l’ordre.On a même vu un surfer à Fukushima!

La culture de la vie en « zones décontaminées »s’installe.On encourage les gens à revenir chez eux, d’ailleurs ils sont fatigués, généralement mal relogés et peu ou pas indemnisés.Les lobbies du nucléaire ont mis au point une sorte de manuel pour « vivre » dans ces zones, en faisant attention à l’eau, au lait.La radioactivité est invisible et indolore, alors, on finit par vivre avec

Depuis huit ans, TEPCO, financée par l’Etat japonais, à tel point que ce n’est presque plus une entreprise privée, « décontamine » la zone de Fukushima en stockant des millions de sacs de terre et des tonnes d’eau contaminés.Mais la limite du stockage va bientôt être atteinte.. Et après ? Les piscines de refroidissement se trouvent sur le toit des centrales, suivant le modèle étasunien, car il y a moins de tremblements de terre là-bas. Alors, on verse de l’eau dans ces piscines, l’eau est contaminée, et une partie s’échappe par les fissures des réacteurs et se répand dans l’océan pacifique.C’est un véritable tonneau des Danaïdes.D’ailleurs, une des solutions envisagée pour résoudre le problème du stockage serait tout simplement de tout rejeter dans l’océan..Bien entendu les pêcheurs y sont opposés;Pour l’instant seuls les robots pénètrent dans les réacteurs pour essayer de voir ce qui s’y passe. .

En conclusion, il est difficile de ne pas penser à la France. On peut se demander comment réagirait la population française, bien moins disciplinée que la japonaise, en cas d’accident nucléaire majeur.Et ensuite, est-ce que les Français accepteraient eux aussi de reprendre cette énergie mortifère? Cela fait tant d’années que l’électricité d’origine nucléaire alimente nos foyers, soi-disant à bas prix…Le discours de propagande est bien rôdé en France. On ne peut même pas parler de déni du danger, car la plupart des gens s’en fichent et répètent le discours officiel, soit« on ne va pas retourner à la bougie !» si jamais on devait abandonner le nucléaire et pourtant, d’autres solutions existent.

Mais des préoccupations sociales comme l’âge de la retraite ou les salaires les accaparent. Maintenant, on recycle l’énergie nucléaire en la présentant même comme « une solution au problème climatique ».Un nouveau mensonge.

Le nucléaire est une énergie fossile, nous dépendons des réserves d’uranium d’autres pays, elle utilise beaucoup d’eau, elle n’est pas propre, car elle génère des déchets qu’encore aujourd’hui nous ne savons pas traiter et qui sont dangereux.Enfin, le nucléaire civil reste lié au nucléaire militaire et à la bombe et il implique le secret. Les cinq pays membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, dont la France, font partie du « club nucléaire »et ils sont solidaires avec les lobbies du nucléaire.En plus en France, à droite comme à gauche, il est interdit de toucher « à ce fleuron de l’industrie française. »

Serons-nous assez inconscients pour attendre un accident avant de réagir ?

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